La peur, cette illusion qui paralyse
Paralysante, envahissante, parfois irrationnelle, la peur s’infiltre dans nos pensées, distord notre perception du réel et nous enferme dans des scénarios catastrophes. Elle nous fige, nous empêche d’agir, nous fait voir des obstacles là où il n’y en a peut-être pas. Mais comment la dompter ? La navigatrice Violette Dorange nous rappelle une clé essentielle : l’action dans l’instant présent.
Un combat solitaire contre la peur
Violette Dorange vient tout juste d’arriver aux Sables-d’Olonne après avoir bravé l’immensité de l’océan en solitaire. Dans une déclaration marquante au journal L’Équipe (10 février 2025), elle confie : « Affronter sa peur, c’est vraiment quelque chose que j’ai découvert sur le Vendée Globe. Seule avec ton bateau, il n’y a pas d’échappatoire, il faut continuer d’avancer. »
Cette phrase résonne bien au-delà des océans. Sur son bateau, face aux vagues et au vent, il n’existe aucun refuge, aucune possibilité de fuite. Lorsque la peur surgit, elle n’a qu’un choix : rester concentrée, continuer à naviguer, gérer chaque imprévu au fur et à mesure.
Dans la vie, nous ne sommes pas en pleine mer, mais nos peurs fonctionnent de la même façon. Elles nous assaillent à l’approche d’un défi, nous tétanisent face à l’inconnu. Pourtant, comme Violette sur son bateau, nous avons un cap à suivre, et la seule façon d’y arriver est de ne pas se laisser emporter par l’angoisse.
Le pire, cette fiction qui nous hante
La peur, cette illusion qui nous limite….
Dans nos vies, la peur s’installe souvent sans qu’un danger réel ne soit présent. Elle surgit au moindre signe d’incertitude : avant un entretien d’embauche, à l’approche d’un examen, en attendant une réponse importante. Notre esprit s’emballe, imagine les pires scénarios.
Prenons la peur de parler en public. Qui n’a jamais ressenti cette montée de stress avant de prendre la parole devant un groupe ? On imagine bafouiller, perdre le fil, être jugé. Notre cerveau construit un film catastrophe où chaque regard posé sur nous devient une menace. Pourtant, une fois lancé, on réalise souvent que le public est bienveillant, que notre voix tient le coup, et que tout se passe bien mieux que prévu.
Ou encore la peur de ne pas réussir un projet. Avant même de commencer, on se convainc que l’on va échouer, que l’on n’est pas assez compétent. Résultat : on repousse l’échéance, on évite de s’y mettre… et la pression monte encore plus. Pourtant, dès que l’on attaque une première tâche, même minime, le stress diminue et la motivation prend le relais.
Comme un marin dans la nuit, nous croyons voir des monstres dans les vagues alors qu’il ne s’agit que du mouvement de l’eau. La peur déforme la réalité. À nous de ne pas nous laisser berner par ces illusions.
L’action : l’antidote à la peur
La peur a un effet paralysant : plus on y prête attention, plus elle nous enferme dans l’inaction. On repousse un appel, on évite une décision, on craint une discussion importante. Et plus on attend, plus l’angoisse grandit, nourrie par notre immobilisme.
Mais face à l’adversité, l’inaction n’est pas une option. Violette Dorange, en pleine tempête, n’avait pas le choix : elle devait ajuster ses voiles, s’adapter, réagir sans attendre. C’était la seule manière de garder le cap.
Nous pouvons adopter le même réflexe dans notre quotidien. L’action est la meilleure réponse à l’anxiété. Plutôt que de nous laisser submerger par des scénarios imaginaires, recentrons-nous sur ce qui dépend de nous, ici et maintenant.
Un entretien nous stresse ? Préparons nos réponses, ajustons notre posture corporelle, choisissons une tenue qui renforce notre confiance.
Un projet nous semble insurmontable ? Fractionnons-le en tâches plus petites et réalisons-en une, même minime. L’important est de démarrer.
La peur de parler en public nous tétanise ? Respirons profondément, répétons nos premières phrases, visualisons un déroulement positif.
L’attente d’une réponse nous rend nerveux ? Plutôt que de fixer notre téléphone, concentrons-nous sur une autre activité productive.
L’action nous libère : elle coupe court aux scénarios catastrophes et nous redonne prise sur la réalité. Chaque petit pas nous éloigne de la peur et renforce notre assurance.
Reprendre le gouvernail de son mental
Nos pensées peuvent nous entraîner dans des tourments imaginaires, mais nous restons aux commandes. Plutôt que de nous laisser emporter, choisissons où porter notre attention.
Quand l’angoisse monte, posons-nous cette question essentielle : "Sur quoi ai-je un pouvoir d’action, ici et maintenant ? Qu’est ce qui est à 100% sous mon contrôle"
Pas demain.
Pas dans une heure.
Maintenant.
Là où nous portons notre attention, nous façonnons notre réalité. Plus nous nourrissons nos peurs, plus elles grandissent et deviennent envahissantes. À l’inverse, en nous concentrant sur l’instant présent et sur ce que nous pouvons concrètement faire , nous reprenons le contrôle et notre liberté d’action.
La peur perd son emprise dès que l'on choisit d'agir plutôt que de subir.
Philippe Leclair