Équipe et peur : le passager clandestin au volant

Dans le monde professionnel, la peur est comme cet invité que personne n’a convié, mais qui finit toujours par s’installer. Elle s’infiltre dans les décisions, sabote la confiance et transforme les réunions en terrain miné. Pourtant, au lieu de la laisser dicter les règles du jeu, pourquoi ne pas la prendre à contre-pied ? Certains s’y enferment, d’autres la transforment en levier d’action et en moteur collectif. Mais faut-il vraiment la voir comme un ennemi ? Ou peut-être comme ce passager clandestin qu’on finit par remarquer à l’arrière du bus et avec lequel on va devoir composer pour avancer ? Avant de chercher à la maîtriser, encore faut-il comprendre comment elle s’infiltre et influence les équipes.

Quand la peur fragilise l’équipe

Les peurs individuelles ne sont pas simplement des ressentis internes : elles influencent profondément la dynamique collective et, si elles ne sont pas reconnues et adressées, elles peuvent entraver la cohésion et la performance d’une équipe. Ces peurs, souvent subjectives, agissent comme des filtres à travers lesquels les collaborateurs perçoivent leur environnement et leurs interactions.

  • La peur de l’échec peut se traduire par une prudence excessive qui limite l’innovation. Un collaborateur qui redoute de prendre des initiatives par crainte d’être sanctionné ou jugé préfère s’en tenir aux tâches routinières, freinant ainsi la créativité et la prise de risque calculée, pourtant essentielle à la réussite collective.

  • La peur du jugement pousse à l’auto-censure. Des études en psychologie sociale montrent que la crainte du regard des autres peut réduire significativement la prise de parole en public et la capacité à proposer des idées nouvelles. Dans un cadre professionnel, cela signifie que des solutions pertinentes peuvent rester inexprimées, privant l’équipe d’opportunités d’amélioration.

  • La peur du conflit entraîne souvent une communication passive ou un faux consensus. Plutôt que d’exprimer ouvertement un désaccord ou une inquiétude, certains membres d’une équipe préfèrent éviter le sujet, ce qui engendre des frustrations latentes. Ce phénomène a été observé dans de nombreuses études en gestion des ressources humaines, où le non-dit finit par provoquer une baisse de l’engagement et une détérioration du climat de travail.

Dans un environnement où la peur est omniprésente et non gérée, elle crée un cercle vicieux de méfiance et d’individualisme. Chacun cherche avant tout à se protéger, ce qui nuit à la collaboration et à la réussite collective. Il devient alors essentiel d’instaurer une culture où ces peurs peuvent être reconnues, exprimées et transformées en leviers d’amélioration continue.

Transformer la peur en moteur collectif

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Transformer la peur en levier d’apprentissage et d’amélioration continue en équipe

Heureusement, la peur peut aussi être un formidable levier de cohésion si elle est partagée et convertie en action constructive.

  • Un climat de confiance permet de verbaliser les doutes. Plutôt que d'être tues, les appréhensions sont exprimées et prises en charge collectivement. Un manager qui encourage la transparence crée un espace où les collaborateurs osent dire : « J’ai peur de ne pas être à la hauteur » et recevoir en retour un soutien bienveillant.

  • Un défi ambitieux peut transformer la peur en motivation. Pensez à une équipe sportive avant une grande finale. L’adrénaline du moment les pousse à se surpasser, à se motiver mutuellement et à donner le meilleur d’eux-mêmes. Dans le monde du travail, fixer des objectifs ambitieux mais atteignables produit le même effet.

  • Un leadership bienveillant et inspirant aide à canaliser les craintes. Lorsque les leaders valorisent les efforts plutôt que les seuls résultats, ils réduisent la peur paralysante de l’échec et encouragent la prise d’initiative.

Transformer la peur en un espace sécurisant et un levier d'amélioration continue pour un dépassement collectif

Plutôt que de fuir la peur ou de la considérer comme un problème à éradiquer, l’enjeu est d’en faire un levier d’évolution et de progrès. Il s’agit d’instaurer un cadre de travail où la peur est perçue non comme un frein ou une faiblesse individuelle, mais comme une opportunité d’apprentissage et de coopération. En la reconnaissant et en l’intégrant dans une dynamique constructive, elle devient un moteur de dépassement collectif, renforçant ainsi la cohésion, l’entraide et l’amélioration continue.

Quelques pratiques inspirantes pour transformer la peur en moteur :

  • Organiser des moments de feedback bienveillant pour désamorcer la peur du jugement et favoriser une amélioration continue. Par exemple, instaurer des revues régulières où chacun peut exprimer ses difficultés sans crainte de réprimande, mais dans une logique de progression commune. Ces moments doivent être structurés autour d’objectifs clairs et mesurables, permettant de suivre les avancées et d’identifier les axes d’amélioration. En intégrant des outils de suivi, comme des tableaux de progression ou des indicateurs de performance définis collectivement, ces sessions renforcent la coopération et l’engagement en donnant une vision factuelle et motivante du chemin parcouru.

  • Mettre en place des rituels de célébration des erreurs constructives, par exemple un « flop de la semaine » où chacun partage une erreur et ce qu’il en a appris. Ce type de démarche aide à transformer l'échec en source d'amélioration continue en analysant les causes et les enseignements à en tirer. Il est aussi intéressant de compléter ce rituel par un processus de suivi des actions correctives mises en place, en mesurant leur impact sur la performance collective. Cela permet de démontrer concrètement comment l'erreur, loin d'être un frein, peut devenir un véritable levier d'innovation et d'optimisation des pratiques.

  • Développer un accompagnement managérial axé sur la confiance et l’encouragement, où le droit à l’erreur est intégré dans la culture d’entreprise. Un exemple concret serait la mise en place de mentorats où les salariés peuvent partager leurs expériences et bénéficier de conseils pour surmonter leurs appréhensions. Une approche complémentaire consisterait à formaliser des binômes 'entraîneur-entraîné', où chaque collaborateur bénéficie d’un accompagnement personnalisé. Dans ce cadre, le manager sort de son rôle strict d'expert pour embrasser une dimension de manager-entraîneur, favorisant ainsi un apprentissage progressif et un développement mutuel des compétences.

Dans ce cadre, la peur devient un défi collectif plutôt qu’un obstacle individuel. Elle soude l’équipe, pousse à l’entraide et stimule une dynamique de dépassement de soi.

La peur, bien apprivoisée, ressemble à un coach exigeant : elle nous met la pression, nous force à nous dépasser, mais si on sait l’écouter et la canaliser, elle devient notre meilleure alliée. Alors, plutôt que de la fuir, pourquoi ne pas l’inviter à notre prochaine réunion ? Après tout, un peu d’adrénaline n’a jamais fait de mal à personne !

Philippe Leclair

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