Lâcher-prise et résilience: le duo gagnant du manager

Dans les couloirs feutrés des entreprises comme dans l'effervescence des open spaces, certains managers semblent presque intouchables. Tandis que d'autres cèdent à la pression, eux gardent un calme olympien. Ils ne sont pas moins soumis aux aléas du quotidien, aux urgences de dernière minute ou aux imprévus perturbants. Mais ils possèdent une qualité rare et précieuse : la capacité à lâcher-prise, véritable socle de leur résilience.

Le lâcher-prise ne signifie pas abandonner ou renoncer à ses responsabilités. C'est une attitude d'acceptation active de la réalité telle qu'elle est, sans chercher à tout contrôler. Selon Brené Brown ('Daring Greatly'), Jon Kabat-Zinn ('Full Catastrophe Living') et Christophe André ('La Vie intérieure'), il s'agit de relâcher la pression interne et de s'adapter aux imprévus avec souplesse.

La résilience, quant à elle, est la capacité à rebondir après un échec ou une situation difficile. Boris Cyrulnik, neuropsychiatre français, décrit la résilience comme "l'art de naviguer dans les torrents". Elle implique de trouver en soi les ressources pour avancer malgré les obstacles.

Ces deux compétences se complètent parfaitement : le lâcher-prise aide à ne pas s'épuiser inutilement, tandis que la résilience mobilise les forces nécessaires pour transformer l'adversité en opportunité.

Pourquoi le lâcher-prise renforce-t-il la résilience ?

Lâcher-prise ?

Se libérer de ses schémas mentaux pour innover et co-créer avec confiance

  • Réduction du stress émotionnel : En cessant de vouloir tout contrôler, le manager économise son énergie mentale. Par exemple, lors d'une fusion d'entreprise, il est fréquent de ne pas avoir de prise sur les décisions stratégiques. Plutôt que de lutter contre l'inévitable, un manager avisé se concentre sur le soutien de son équipe et l'accompagnement au changement, maintenant ainsi un environnement serein.

Un autre exemple : face à un collaborateur dont la performance ne s'améliore pas malgré plusieurs formations, plutôt que de s'épuiser à tout contrôler, le manager peut fixer des limites claires et accepter qu'il ne peut pas tout changer. Cette approche permet de préserver son énergie et d'établir un cadre professionnel sain.

  • Préservation de l'énergie mentale : Lâcher-prise, c'est aussi orienter son attention vers ce qui compte vraiment. Lorsqu'un projet échoue, un manager qui pratique le lâcher-prise organise un débriefing constructif, apprend des erreurs et passe rapidement à l'action, au lieu de ressasser indéfiniment la déception.

En cas de réduction de budget, il préfère chercher des solutions créatives avec son équipe plutôt que de se lamenter sur les ressources perdues. Cette approche pragmatique transforme chaque difficulté en opportunité.

  • Meilleure gestion des émotions : Un manager qui sait lâcher prise garde son calme, même sous pression. Lors d'une réunion houleuse, il respire profondément, prend du recul et recentre le débat de manière posée. En cas d'échec, il voit l'erreur non pas comme une catastrophe, mais comme une chance d'apprendre.

Comme le souligne Brené Brown, cette maîtrise de soi crée un climat de travail où chacun se sent respecté et écouté. Cela permet de transformer les tensions en dialogues constructifs, renforçant ainsi la cohésion d'équipe.

Comment pratiquer le lâcher-prise au quotidien ?

1. Se concentrer sur ce qui est sous contrôle

Avant de réagir à une situation, demandez-vous : "Ai-je une influence directe sur cet événement ?" Si la réponse est non, lâchez prise. Par exemple, lorsqu'un projet est soudainement annulé en raison de changements de priorités de l'entreprise, un manager peut choisir de ne pas s'attarder sur la frustration, mais plutôt de rediriger l'énergie de son équipe vers de nouveaux objectifs motivants. Il peut organiser un atelier de brainstorming pour explorer de nouvelles idées et renforcer la dynamique collective.

2. Appliquer la règle des 4R

La règle des 4R est une véritable bouée de secours en cas de stress élevé, de pression importante ou de difficulté à se concentrer. Elle doit devenir votre réflexe "premiers secours" en management :

  • Respiration : Pratiquez une respiration abdominale et lente pour apaiser votre système nerveux et retrouver votre calme intérieur.

  • Retour aux appuis : Recentrez-vous physiquement en prenant conscience de vos appuis (pieds au sol, dos contre le dossier de la chaise) pour ancrer votre corps dans le moment présent.

  • Retour dans la réalité : Replacez votre attention sur l'ici et maintenant, en observant objectivement la situation sans interprétation excessive.

  • Répéter autant que nécessaire : Appliquez cette méthode chaque fois que la pression monte, jusqu'à retrouver un état de concentration et de calme intérieur.

3. Gérer votre énergie pour mieux gérer vos priorités

En management, un agenda millimétré ne suffit pas si l'énergie mentale s'épuise dès 15 heures. La fatigue agit comme une loupe déformante : une petite contrariété devient un drame, un imprévu se transforme en source d'angoisse. Un manager fatigué perd souvent en discernement, réagit de manière excessive ou peine à prendre du recul face aux situations complexes.

Lâcher-prise, c'est savoir reconnaître ces signaux d'alerte et lever le pied avant de franchir la ligne rouge. Plutôt que de se précipiter tête baissée dans chaque tâche, il s'agit de prendre le temps de souffler, de s'accorder une vraie pause. Une respiration abdominale bien maîtrisée, une sieste flash de 5 à 10 minutes ou l'application de la règle des 4R peuvent réellement faire la différence entre un manager calme et un manager au bord du burn-out.

Adopter la philosophie du "moins mais mieux" permet de privilégier la qualité à la quantité. Un manager qui sait s'arrêter avant d'atteindre ses limites ne perd pas du temps, il en gagne.

4. Adopter l'acceptation active

Accepter les imprévus ou les erreurs comme des occasions d'apprendre permet de transformer des situations délicates en opportunités de croissance. Plutôt que de considérer un retour négatif comme une remise en question personnelle, voyez-le comme un outil d'amélioration continue.

Par exemple, si une évaluation de performance souligne un point faible, prenez du recul, respirez profondément, et réfléchissez à ce qui peut être ajusté.

L'acceptation active, c'est aussi cultiver une posture d'ouverture face à l'inconnu. Lorsqu'une situation inattendue se présente, demandez-vous : "Que puis-je apprendre de cette expérience ?".

En adoptant cette attitude, vous passez du mode "réaction" au mode "adaptation", renforçant ainsi votre capacité à faire face aux défis managériaux avec calme et lucidité.

Adopter l'acceptation active ne signifie pas se résigner, mais utiliser chaque situation même désagréable comme un levier pour affiner vos compétences de manager résilient.

Le lâcher-prise, c'est un peu comme l'huile dans les rouages d'une machine complexe : pas forcément visible, mais essentiel pour éviter la surchauffe. En se concentrant sur ce qu'il peut changer et en acceptant ce qui lui échappe, le manager peut s'épargner bien des maux. Cela ne veut pas dire baisser les bras, bien au contraire. Cela signifie simplement faire preuve de discernement et d'intelligence émotionnelle pour rester zen, même lorsque les choses s'emballent. En s'autorisant à lâcher prise, on libère une énergie précieuse. Cette énergie peut ensuite être investie là où elle a un réel impact, au lieu d'être gaspillée à lutter contre des obstacles insurmontables. Résultat ? Un management plus serein, des décisions plus claires, et un leadership qui inspire véritablement la confiance.

Philippe Leclair

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