Stress et maîtrise de soi : activez votre intelligence corporelle

Vous est-il déjà arrivé de finir une journée complètement lessivé(e), avec la nuque raide et l'impression d'avoir été sous pression du matin au soir ? Ou de vous sentir en apnée face à une situation stressante? Et que dire de ces moments où vous percevez une tension subtile dans un échange avec quelqu'un, sans pouvoir mettre le doigt sur ce qui cloche ?

Dans un monde du travail où tout va très vite, trop vite, on a appris à tout miser sur notre intellect : analyser, anticiper, performer. Mais à force de fonctionner en mode "cerveau branché sur objectif", on en oublie l'essentiel : notre intelligence corporelle.

Pourtant, nos sensations sont nos premiers indicateurs de stress. Une posture crispée, une respiration saccadée, un environnement qui nous agresse sans qu'on y prête attention… Tout cela influence directement notre niveau d'énergie, notre concentration et même la qualité de nos relations.

Nos cinq sens nous donnent en permanence les indices pour un meilleur équilibre, mais nous les ignorons le plus souvent. Et si prêter attention à nos sensations corporelles était la première étape vers plus d'équilibre et d'efficacité au quotidien ?

Le corps : premier détecteur et amplificateur de stress

Notre corps est un véritable radar à stress, souvent bien plus rapide que notre cerveau pour capter ce qui ne va pas. Il ne réfléchit pas, il ressent et réagit instantanément : une posture qui se ferme, une respiration qui se raccourcit, un rythme cardiaque qui s'emballe. Comme l'explique Antonio Damasio, nous ne sommes pas des êtres purement rationnels : nos décisions sont largement influencées par nos sensations et nos émotions, avant même que notre cerveau ne prenne le temps d'analyser la situation.

Quand le stress s'imprime dans le corps

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Une gorge serrée, une tension dans la mâchoire, un poids sur l'estomac… Autant de signaux que notre corps nous envoie pour nous alerter, bien avant que nous en ayons conscience. Et pourtant, combien de fois les ignorants-nous, persuadés que tout se joue dans notre tête ?

Le corps réagit avant le cerveau parce qu'il est directement connecté au système nerveux autonome, qui orchestre nos réflexes face au stress. Dès qu'un imprévu survient, il enclenche une réponse automatique : accélération du cœur, muscles en tension, vigilance accrue. Le cerveau, lui, ne fait qu'interpréter ces signaux après coup, influencé par nos pensées et notre vécu.

Mais si le corps détecte le stress, il peut aussi l'entretenir. En restant crispé trop longtemps, en respirant mal, en adoptant une posture fermée, nous envoyons des messages à notre cerveau qui confirment cet état d'alerte. Résultat ? Un stress temporaire peut se transformer en fatigue chronique, voire en anxiété persistante.

Heureusement, il est possible d'interrompre ce cercle vicieux. Prendre conscience de ses tensions, relâcher volontairement ses épaules, respirer plus profondément, ouvrir sa posture : ces petits gestes suffisent parfois à envoyer un message rassurant au cerveau et à calmer la tempête intérieure.

Nos sens ont aussi un rôle clé dans cette interaction corps-esprit. Une lumière trop forte, un fond sonore oppressant, une ambiance pesante peuvent nous épuiser sans que nous en ayons conscience. Trop de stimuli sensoriels brouillent les signaux de notre cerveau et amplifient notre sensation de stress.

Les conséquences ? Un manque de concentration en réunion à cause du bruit, une sensation d'épuisement après une journée passée devant des écrans, des muscles crispés après des heures en position statique… Autant d'alertes corporelles qui méritent qu'on y prête enfin attention

Notre sixième sens : La proprioception

Vous êtes-vous déjà demandé comment vous arrivez à marcher sans regarder où vous posiez vos pieds, ou à attraper un objet par réflexe ? C'est grâce à notre sixième sens , la proprioception. Ce super-pouvoir discret nous permet de percevoir la position et les mouvements de notre corps dans l'espace, automatiquement.

À chaque instant, un réseau sophistiqué de récepteurs logés dans nos muscles, nos tendons et nos articulations envoie des informations à notre cerveau. C'est ce système qui nous permet de garder l'équilibre, de coordonner nos gestes et de réagir instinctivement aux changements de notre environnement. Si vous glissez sur un sol mouillé, votre corps ajuste immédiatement sa tension musculaire pour éviter la chute – souvent avant même que vous soyez pris conscience du danger.

Mais ce sens si précieux peut se dérégler sous l'effet du stress, de la fatigue ou du manque de mouvement et d’activité physique. Quand nous sommes sous pression, notre posture se fige, nos épaules se crispent et notre respiration devient plus courte.

Résultat ? Moins de fluidité dans nos mouvements, une sensation de tension constante et un corps qui alimente le stress au lieu de l'apaiser, créant un cercle vicieux entre corps et mental.

Si nous voulons retrouver un équilibre physique et mental, mieux vaut apprendre à repérer ces signaux subtils et à s’entraîner à relâcher consciemment ces tensions invisibles, avant qu'elles ne s'installent et nous pèsent au quotidien.

L'Influence cachée des sens dans nos interactions

Nos échanges vont bien au-delà des mots. Chaque conversation est ponctuée d'une infinité de signaux subtils que nous captons sans toujours en être conscients : une hésitation dans la voix, un regard qui s'échappe, une tension imperceptible dans la posture de notre interlocuteur. Pourtant, pris dans le rythme effréné du quotidien, nous nous focalisons souvent sur le contenu verbal et passons à côté de ces indices pourtant essentiels.

Qui n'a jamais ressenti une gêne dans une discussion sans vraiment savoir pourquoi ? Ce malaise diffus vient du fait que notre corps perçoit bien plus d'informations qu'il n'en analyse consciemment. Une voix qui tremble légèrement, une micro-expression fugace, un mouvement de recul… Ces détails influencent nos impressions et modifient notre manière de réagir, souvent sans que nous en ayons conscience.

En affinant notre intelligence sensorielle, nous pouvons mieux comprendre les autres et capter des signaux avant même qu'ils ne soient exprimés par les mots. Savoir observer, écouter avec tous ses sens, ajuster sa posture et son ton permet d'instaurer une communication plus fluide et plus authentique. Un leader attentif à ces signaux non verbaux saura adapter son message et ses décisions en fonction des besoins réels de son équipe, bien au-delà de ce qui est dit explicitement.

Passer à l’action : Exercices pour développer son intelligence sensorielle et corporelle

1.Prise de conscience corporelle

Scan corporel quotidien : Chaque matin et soir, prenez un moment pour balayer mentalement votre corps de la tête aux pieds. Fermez les yeux, ressentez les tensions, relâchez consciemment chaque muscle et observez votre posture. Cet exercice favorise une meilleure connexion avec son corps et permet d’identifier les premiers signes de stress ou de fatigue.

Respiration et ancrage : La respiration est un outil puissant pour retrouver son calme et sa concentration. Essayez la cohérence cardiaque : inspirez lentement par le nez pendant 5 secondes, retenez votre souffle 2 secondes, puis expirez par la bouche pendant 5 secondes. Répétez l’exercice pendant 5 minutes, trois fois par jour. Cet exercice permet de réduire le stress et d’améliorer la clarté mentale.

2. Affinement sensoriel

Pause sensorielle : Dans votre journée, prenez des pauses de quelques minutes pour stimuler vos sens. Marchez pieds nus sur différentes textures (herbe, parquet, tapis), sentez une odeur agréable (huile essentielle, café frais) ou écoutez attentivement les bruits autour de vous. Ces pauses sensorielles rééquilibrent votre attention et réduisent la surcharge cognitive.

Posture et mouvement : Votre posture influence directement votre état mental. Prenez conscience de votre position : êtes-vous avachi(e) ou crispé(e) ? Redressez votre dos, relâchez vos épaules et ancrez vos pieds fermement au sol. Si vous passez de longues heures assis(e), pratiquez quelques étirements simples toutes les heures : roulez doucement les épaules, inclinez votre tête de chaque côté et détendez votre nuque.

3.Écoute et interactions

Écoute active et corporelle : Lors d’une conversation, soyez attentif à votre propre ressenti corporel. Votre respiration est-elle fluide ou saccadée ? Vos épaules sont-elles crispées ? Essayez d’adopter une posture détendue et ouverte pour favoriser un échange plus fluide. Cette écoute corporelle permet de mieux gérer ses émotions et d’interagir de manière plus authentique.

Observer les signaux faibles : En réunion ou lors d’un échange, entraînez-vous à capter les signaux faibles : un regard évitant, une micro-expression de doute, un changement subtil de posture. Ces indices non verbaux fournissent des informations précieuses sur l’état émotionnel de votre interlocuteur et permettent d’adapter votre communication en conséquence.

En intégrant ces exercices dans votre quotidien, vous développerez une meilleure perception sensorielle, optimiserez votre gestion du stress et renforcerez la qualité de vos interactions.

Nos sens sont nos alliés les plus précieux, et pourtant, nous les traitons souvent comme de simples accessoires. En réapprenant à écouter notre corps, à affiner notre perception et à ajuster notre posture, nous pouvons non seulement mieux gérer notre stress, mais aussi améliorer notre présence et nos interactions.

Alors, la prochaine fois que vous sentirez une tension dans vos épaules, que votre respiration se fera plus courte ou que vous aurez cette étrange impression que quelque chose « cloche » dans une conversation, prenez un instant pour écouter ce que votre corps vous dit. Après tout, il est peut-être temps de lui accorder un peu plus d’attention – il vous parle depuis si longtemps !

Philippe Leclair

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